Affichage des articles dont le libellé est ils correspondent. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est ils correspondent. Afficher tous les articles

mardi 18 mars 2008

sur la pointe des pieds...




F.Boucher 1703-1770 Etude




















Vieira Da Silva 1988




" Il n'y a plus rien qui reste


entre mes dix doigts


Une ombre qui s'efface


Au centre


un bruit de pas


Il faut étouffer la voix qui monte trop


Celle qui gémissait et qui ne mourait pas


Celle qui allait plus vite


C'est vous qui arrêtiez ce magnifique élan


L'espoir et mon orgueil


qui passaient dans le vent


Les feuilles sont tombées


pendant que les oiseaux comptaient


les gouttes d'eau


Les lampes s'éteignaient derrière les rideaux


Il ne faut pas aller trop vite


Crainte de tout casser en faisant trop de bruit"


Pierre Reverdy (1889-1960) Sources du vent 1947

samedi 15 mars 2008

choc thermique

Zao Wou Ki 25 05 60
N.De Stael 1914-1955




"Solitude au grand coeur encombré par les glaces,

Comment me pourrais-tu donner cette chaleur

Qui te manque et dont le regret nous embarrasse

Et vient nous faire peur?



Va-t'en, nous ne saurions rien faire l'un de l'autre,

Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons

Et rester un moment à les regarder fondre

Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts."

J. Supervielle 1884-1960 Le forçat innocent 1930




vendredi 14 mars 2008

objets inanimés...

Rembrandt le philosophe 1631


G. Braque Grand guéridon 1929
"Il y a une armoire à peine luisante
qui a entendu les voix des mes grand-tantes,
qui a entendu la voix de mon grand-père,
qui a entendu la voix de mon père.
A ces souvenirs l'armoire est fidèle.
On a tord de croire qu'elle ne sait que se taire,
car je cause avec elle.
Il y a aussi un coucou en bois.
Je ne sais pourquoi il n'a plus de voix.
Je ne veux pas le lui demander.
Peut-être bien qu'elle est cassée,
la voix qui était dans son ressort,
tout bonnement comme celle des morts.
Il est venu chez moi bien des hommes et des femmes
qui n'ont pas cru à ces petites âmes.
Et je souris que l'on me pense seul vivant
quand un visiteur me dit en entrant:
Comment allez-vous, Monsieur Jammes?
F. Jammes De l'Angelus de l'aube à l'Angelus du soir 1898
"

mardi 11 mars 2008

demain et ses promesses ( pour Catherine)

Raphael 1483-1520 Chérubins Détail de la Chapelle Sixtine


N. De Stael 1914-1955 Agrigente
"Agé de cent mille ans, j'aurais encor la force
De t'attendre, ô demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir: Le matin est neuf, neuf est le soir. (...)
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent."
R. Desnos Etat de veille 1943

encres et plumes: petites contingences matérielles pour écrire...



G.Courbet Portrait de Baudelaire 1848





P.Wunderlunch Lithographie 1971


"C'est d'abord une tâche sur la poche intérieure de la veste.(....) On ne se sent pas du tout catastrophé; ça ne se verra pas , bien sûr.
(....) On saisit le stylo entre le pouce et l'index, avec une lenteur, une délicatesse superflues: de toute façon, une fois le capuchon dévissé, on aura les doigts tâchés, c'est irrémédiable. On arrache une feuille de cahier, on déploie un kleenex....(....) On extrait la cartouche, on dévisse, on sépare, on essuie tant bien que mal. Tout cela commence à devenir envahissant, à prendre des proportions vaguement grotesques, sans rapport avec la modestie de la fuite.
Mais c'est ça qui est bon. Au temps des pointes feutre performantes, des billes extrafines...(...), il faut rendre au stylo baveur son épaisseur béate et molle, cette espèce de candeur dans l'épanchement qui suscite à la fois colère et sympathie.Pas un esclave austère et fonctionnel: un corps bien rond vivant sa propre vie! (...)
Il faudrait un bon buvard rose, comme à l'école d'autrefois. C'est là qu'on se retrouve les doigts collants: on a huit ans. On rouspète pour la forme, mais un sourire imperceptible monte aux lèvres. On ne se dépêche pas trop d'aller se laver les mains."
Ph.Delerm "Délit de fuite" in La sieste assassinée 2001

lundi 10 mars 2008

incommunicabilité




"Cette lettre , mon amie, sera très longue. Je n’aime pas beaucoup écrire. J’ai lu souvent que les paroles trahissent la pensée, mais il me semble que les paroles écrites la trahissent encore davantage. Vous savez ce qui reste d’un texte après deux traductions successives. Et puis, je ne sais pas m’y prendre. Ecrire est un choix perpétuel entre mille expressions, dont aucune ne me satisfait … "
Marguerite Yourcenar Alexis ou le traité du vain combat (1929)


Edward Hopper, Compartiment C, voiture 193 (1938) et Hotel room

Il m'a semblé intéressant d'établir une correspondance entre la poignante confession qu'Alexis adresse maladroitement à sa femme, et la solitude qui ressort de l'anonymat des décors modernes et froids des tableaux de Hopper. J' imagine que la longue et unique lettre d'Alexis, qui est en réalité son journal intime dans lequel il a exprimé toute la souffrance de son existence, est lue par une femme déjà lointaine, indifférente, dont la vie a pris une autre direction. Elle lit ce témoignage de détresse dans un banal compartiment de train ou dans une chambre d’hôtel impersonnelle ...