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jeudi 20 mars 2008

le goût des autres...




Puvis de Chavannes La toilette 1883


R. Delaunay 1885-1941 Joie de vivre



Une goûteuse petite récréation à tous ceux et celles qui sont confrontés dans les jours suivants à un Bac blanc ou à sa correction...

( mais je garde quelques poèmes mélancoliques ou graves en réserve ...)



"Endive: n.f. Sorte de chicorée domestique que l'on élève à l'ombre pour la forcer à blanchir. La caractéristique de l'endive est sa fadeur: l'endive est fade jusqu'à l'exubérance.

Sa forme, qu'on peut qualifier de n'importe quoi, genre machin, est fade.

Sa couleur, tirant sur rien, avec des reflets indescriptibles, à force d'inexistence, est fade.

Son goût, puisque enfin, dit-on, de nombreux pénitents mystiques préfèrent en manger plutôt que de crapahuter sur les genoux jusqu'à St Jacques de Compostelle, atteint dans la fadeur gastronomique des sommets (...)

L'endive, en tant que vivante apologie herbacée de la fadeur, est l'ennemie de l'homme qu'elle maintient au rang du quelconque, avec des frénésies mitigées, des rêves éteints sitôt rêvés(...) .L'homme qui s'adonne à l'endive est aisément reconnaissable, sa démarche est moyenne, la fièvre n'est pas dans ses yeux, il n'a pas de colère..."

P. Desproges Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des biens nantis 1985



Conclusion:Fuyons les endives et pourquoi pas , mettons un peu de piment ou de sucre candi dans notre quotidien!

mardi 18 mars 2008

sur la pointe des pieds...




F.Boucher 1703-1770 Etude




















Vieira Da Silva 1988




" Il n'y a plus rien qui reste


entre mes dix doigts


Une ombre qui s'efface


Au centre


un bruit de pas


Il faut étouffer la voix qui monte trop


Celle qui gémissait et qui ne mourait pas


Celle qui allait plus vite


C'est vous qui arrêtiez ce magnifique élan


L'espoir et mon orgueil


qui passaient dans le vent


Les feuilles sont tombées


pendant que les oiseaux comptaient


les gouttes d'eau


Les lampes s'éteignaient derrière les rideaux


Il ne faut pas aller trop vite


Crainte de tout casser en faisant trop de bruit"


Pierre Reverdy (1889-1960) Sources du vent 1947

samedi 15 mars 2008

choc thermique

Zao Wou Ki 25 05 60
N.De Stael 1914-1955




"Solitude au grand coeur encombré par les glaces,

Comment me pourrais-tu donner cette chaleur

Qui te manque et dont le regret nous embarrasse

Et vient nous faire peur?



Va-t'en, nous ne saurions rien faire l'un de l'autre,

Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons

Et rester un moment à les regarder fondre

Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts."

J. Supervielle 1884-1960 Le forçat innocent 1930




vendredi 14 mars 2008

objets inanimés...

Rembrandt le philosophe 1631


G. Braque Grand guéridon 1929
"Il y a une armoire à peine luisante
qui a entendu les voix des mes grand-tantes,
qui a entendu la voix de mon grand-père,
qui a entendu la voix de mon père.
A ces souvenirs l'armoire est fidèle.
On a tord de croire qu'elle ne sait que se taire,
car je cause avec elle.
Il y a aussi un coucou en bois.
Je ne sais pourquoi il n'a plus de voix.
Je ne veux pas le lui demander.
Peut-être bien qu'elle est cassée,
la voix qui était dans son ressort,
tout bonnement comme celle des morts.
Il est venu chez moi bien des hommes et des femmes
qui n'ont pas cru à ces petites âmes.
Et je souris que l'on me pense seul vivant
quand un visiteur me dit en entrant:
Comment allez-vous, Monsieur Jammes?
F. Jammes De l'Angelus de l'aube à l'Angelus du soir 1898
"

mardi 11 mars 2008

encres et plumes: petites contingences matérielles pour écrire...



G.Courbet Portrait de Baudelaire 1848





P.Wunderlunch Lithographie 1971


"C'est d'abord une tâche sur la poche intérieure de la veste.(....) On ne se sent pas du tout catastrophé; ça ne se verra pas , bien sûr.
(....) On saisit le stylo entre le pouce et l'index, avec une lenteur, une délicatesse superflues: de toute façon, une fois le capuchon dévissé, on aura les doigts tâchés, c'est irrémédiable. On arrache une feuille de cahier, on déploie un kleenex....(....) On extrait la cartouche, on dévisse, on sépare, on essuie tant bien que mal. Tout cela commence à devenir envahissant, à prendre des proportions vaguement grotesques, sans rapport avec la modestie de la fuite.
Mais c'est ça qui est bon. Au temps des pointes feutre performantes, des billes extrafines...(...), il faut rendre au stylo baveur son épaisseur béate et molle, cette espèce de candeur dans l'épanchement qui suscite à la fois colère et sympathie.Pas un esclave austère et fonctionnel: un corps bien rond vivant sa propre vie! (...)
Il faudrait un bon buvard rose, comme à l'école d'autrefois. C'est là qu'on se retrouve les doigts collants: on a huit ans. On rouspète pour la forme, mais un sourire imperceptible monte aux lèvres. On ne se dépêche pas trop d'aller se laver les mains."
Ph.Delerm "Délit de fuite" in La sieste assassinée 2001

dimanche 9 mars 2008

murmure de l'âme

R. Van Der Weyden Portrait de Dame Rogier 1460












S.Dhuême Hommage à Zao Wou -ki 06 01 2006









"Dans le temps dans la nuit
Je te parlerai

Dans le temps dans la nuit je pourrai répondre à voix basse

Le seul moment que la vie m'a volé

Dans le temps dans la nuit je retrouverai ton visage

Et la forme de mon visage

Je te parlerai dans le temps je te parlerai dans la nuit

J'écarterai enfin l'affreuse douleur de mon silence

J'écarterai enfin les jours mortels

Je te parlerai hors du temps je te parlerai dans la nuit

J'effacerai les traces amères de l'attente

J'effacerai les traces amères de l'oubli

Dans mes deux mains ouvertes je prendrai ton visage

Ton seul visage d'un seul instant mortel

Je te parlerai hors du temps j'écarterai la nuit

Je reprendrai les mots absolus

Pour te les dire enfin avec ma voix pareille

A la lumière."

J. Prével Poèmes mortels 1945


samedi 8 mars 2008

rencontre rêvée...







Bronzino portrait de Lucrèce Panciatichi vers 1540








E. Colyer Vanité 1672

Fantaisie


"Il est un air pour qui je donnerais


Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,


Un air très vieux, languissant et funèbre,


Qui pour moi seul a des charmes secrets!




Or, chaque fois que je viens à l'entendre,


De deux cents ans mon âme rajeunit...


C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre


Un coteau vert, que le couchant jauni.




Puis un château de brique à coins de pierre,


Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,


Ceint de grands parcs, avec une rivière


Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs;




Puis une dame, à sa haute fenêtre,


Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,


Que, dans une autre existence peut-être


J'ai déjà vue...et dont je me souviens!




Gérard de Nerval (1808-1855)

mardi 4 mars 2008

anti spleen...pour Maryline!




















L'invitation au voyage


Mon enfant, ma sœur,

Songe à la douceur

D'aller là-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


Des meubles luisants,

Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre ;

Les plus rares fleurs

Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l'ambre,

Les riches plafonds,

Les miroirs profonds,

La splendeur orientale,

Tout y parlerait

À l'âme en secret

Sa douce langue natale.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.


Vois sur ces canaux

Dormir ces vaisseaux

Dont l'humeur est vagabonde ;

C'est pour assouvir

Ton moindre désir

Qu'ils viennent du bout du monde.

- Les soleils couchants

Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière,

D'hyacinthe et d'or ;

Le monde s'endort

Dans une chaude lumière.


Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

BAUDELAIRE Les Fleurs du Mal
VERMEER , Vue de Delft (1661)
MAGRITTE

lundi 3 mars 2008

spleen





P.Claesz Vanitas 1628



P.Soulages Peinture 21Octobre 1964



















"Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

Et que l'horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l'Espérance, comme une chauve-souris,

S'en va battant les murs de son aile timide

En se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D'une vaste prison imite les barreaux,

Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

Et de longs corbillards, sans tambour ni musique,

Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,

Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir."

Ch.Baudelaire Spleen in Les Fleurs du mal 1857


des mots à lire, des mots à écrire, des mots à rêver....










Ch.B.Barber Jeune fille au carlin en train de lire 1879




















B.Morisot(1841-1895) Rose trémière

"Je rêve de vers doux et d'intimes ramages,
De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages,
De vers blonds où le sens fluide se délie
Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,
De vers silencieux, et sans rythme et sans trame,
Où la rime sans bruit glisse comme une rame,
De vers d'une ancienne étoffe, exténuée,
Impalpable comme le son et la nuée,
De vers de soir d'automne ensorcelant les heures
Au rite féminin des syllabes mineures,
Je rêve de vers doux mourant comme des roses."
Albert Samain Au jardin de l'infante 1893

dimanche 2 mars 2008

je, moi, tu , il ou elle...

Raphael 1483-1520 Autoportrait
G.Romney 1734-1802
Portrait de Miss Willoughby
Portrait de jeune femme Fayoum II° ap.JC










"comme la rosée de l'herbe d'aube,
ce qui est nous, de nous s'exhale,
comme la chaleur d'un plat brûlant ..."
Rainer Maria Rilke 1875-1926

mercredi 27 février 2008

"on pourrait presque..."

W.Kandinsky Composition VII 1913




Winterhalter F.1806-1873 Jeune fille de profil















" c'est bon la vie au conditionnel, comme autrefois dans les jeux enfantins:" on aurait dit que tu serais...." Une vie inventée qui prend à contre-pied les certitudes.(...) Un petit vent de folie sage qui change tout, sans rien changer...Parfois on dit "on aurait presque pu..."Là c'est la phrase triste des adultes qui n'ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie.
Mais il y a des jours où l'on cueille le jour au moment flottant des possibles, au moment fragile d'une hésitation honnête, sans orienter à l'avance le fléau de la balance.
Il y a des jours où l'on pourrait presque ...."
Ph. Delerm On pourrait presque manger dehors in La première gorgée de bière...1997

samedi 23 février 2008

Ceci n'est pas une pomme ! ( mais plus encore....)

lettrine XVIe siècle











H.Hedberg, Big Apple of N.Y ,
céramique ds parc château de Vascoeuil




Magritte, le fils de l'homme , 1964


et tant pis pour la St Valentin! Même si les premiers amoureux, Adam et Eve furent chassés du paradis à cause d'elle, et si son étymologie garde la trace du péché originel ( malus en latin signifiant à la fois pomme et mal ), partageons un souvenir d'enfance ou plutôt un parfum d'enfance, l' odeur des pommes :




"on entre dans la cave .Tout de suite, c'est ça qui vous prend. Les pommes sont là, disposées sur des claies. On y pensait pas. On n'avait aucune envie de se laisser submerger par un tel vague à l'âme. Mais rien à faire . L'odeur des pommes est une déferlante. Comment avait-on pu se passer si longtemps de cette enfance âcre et sucrée.(....)

Dire que ça sent bon, que ça sent fort? C'est au-delà...Une odeur intérieure, l'odeur d'un meilleur soi.

(....) le parfum des pommes est plus que du passé.

(....) L'odeur des pommes est douloureuse. C'est celle d'une vie plus forte, d'une lenteur qu'on ne mérite plus."

Philippe Delerm, l'odeur des pommes, in La première gorgée de bière et autres minuscules plaisirs, 1997

mardi 5 février 2008

le cabinet de curiosités hier ....et aujourd'hui

Franz Francken le Jeune - Le cabinet de curiosités- 1636

"L'art est une manière d'exorciser les dangers de ce monde en créant des magies protectrices"

Facundo Bo ( acteur et écrivain argentin)

"Y 'a des allumettes

Au fond de tes yeux

Des pianos à queue

Dans la boîte aux lettres

Des pots de yaourt

Dans la vinaigrette

Et des oubliettes

Au fond de la cour...."

J. Higelin Tête en l'air - in Champagne pour tout le monde -1979

"....un talon Louis XV

un fauteuil Louis XVI

un buffet Henri II deux buffets Henri III trois buffets Henri IV

un tiroir dépareillé

une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé

(....) un homard à l'américaine un jardin à la française

deux pommes à l'anglaise

un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d'acier

un jour de gloire une semaine de bonté

(....) et

cinq ou six ratons laveurs ...."

J.Prévert -Inventaire- in Paroles- 1946