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samedi 15 mars 2008

choc thermique

Zao Wou Ki 25 05 60
N.De Stael 1914-1955




"Solitude au grand coeur encombré par les glaces,

Comment me pourrais-tu donner cette chaleur

Qui te manque et dont le regret nous embarrasse

Et vient nous faire peur?



Va-t'en, nous ne saurions rien faire l'un de l'autre,

Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons

Et rester un moment à les regarder fondre

Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts."

J. Supervielle 1884-1960 Le forçat innocent 1930




mardi 11 mars 2008

demain et ses promesses ( pour Catherine)

Raphael 1483-1520 Chérubins Détail de la Chapelle Sixtine


N. De Stael 1914-1955 Agrigente
"Agé de cent mille ans, j'aurais encor la force
De t'attendre, ô demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir: Le matin est neuf, neuf est le soir. (...)
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent."
R. Desnos Etat de veille 1943

encres et plumes: petites contingences matérielles pour écrire...



G.Courbet Portrait de Baudelaire 1848





P.Wunderlunch Lithographie 1971


"C'est d'abord une tâche sur la poche intérieure de la veste.(....) On ne se sent pas du tout catastrophé; ça ne se verra pas , bien sûr.
(....) On saisit le stylo entre le pouce et l'index, avec une lenteur, une délicatesse superflues: de toute façon, une fois le capuchon dévissé, on aura les doigts tâchés, c'est irrémédiable. On arrache une feuille de cahier, on déploie un kleenex....(....) On extrait la cartouche, on dévisse, on sépare, on essuie tant bien que mal. Tout cela commence à devenir envahissant, à prendre des proportions vaguement grotesques, sans rapport avec la modestie de la fuite.
Mais c'est ça qui est bon. Au temps des pointes feutre performantes, des billes extrafines...(...), il faut rendre au stylo baveur son épaisseur béate et molle, cette espèce de candeur dans l'épanchement qui suscite à la fois colère et sympathie.Pas un esclave austère et fonctionnel: un corps bien rond vivant sa propre vie! (...)
Il faudrait un bon buvard rose, comme à l'école d'autrefois. C'est là qu'on se retrouve les doigts collants: on a huit ans. On rouspète pour la forme, mais un sourire imperceptible monte aux lèvres. On ne se dépêche pas trop d'aller se laver les mains."
Ph.Delerm "Délit de fuite" in La sieste assassinée 2001

dimanche 9 mars 2008

murmure de l'âme

R. Van Der Weyden Portrait de Dame Rogier 1460












S.Dhuême Hommage à Zao Wou -ki 06 01 2006









"Dans le temps dans la nuit
Je te parlerai

Dans le temps dans la nuit je pourrai répondre à voix basse

Le seul moment que la vie m'a volé

Dans le temps dans la nuit je retrouverai ton visage

Et la forme de mon visage

Je te parlerai dans le temps je te parlerai dans la nuit

J'écarterai enfin l'affreuse douleur de mon silence

J'écarterai enfin les jours mortels

Je te parlerai hors du temps je te parlerai dans la nuit

J'effacerai les traces amères de l'attente

J'effacerai les traces amères de l'oubli

Dans mes deux mains ouvertes je prendrai ton visage

Ton seul visage d'un seul instant mortel

Je te parlerai hors du temps j'écarterai la nuit

Je reprendrai les mots absolus

Pour te les dire enfin avec ma voix pareille

A la lumière."

J. Prével Poèmes mortels 1945


samedi 8 mars 2008

rencontre rêvée...







Bronzino portrait de Lucrèce Panciatichi vers 1540








E. Colyer Vanité 1672

Fantaisie


"Il est un air pour qui je donnerais


Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,


Un air très vieux, languissant et funèbre,


Qui pour moi seul a des charmes secrets!




Or, chaque fois que je viens à l'entendre,


De deux cents ans mon âme rajeunit...


C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre


Un coteau vert, que le couchant jauni.




Puis un château de brique à coins de pierre,


Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,


Ceint de grands parcs, avec une rivière


Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs;




Puis une dame, à sa haute fenêtre,


Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,


Que, dans une autre existence peut-être


J'ai déjà vue...et dont je me souviens!




Gérard de Nerval (1808-1855)

dimanche 2 mars 2008

je, moi, tu , il ou elle...

Raphael 1483-1520 Autoportrait
G.Romney 1734-1802
Portrait de Miss Willoughby
Portrait de jeune femme Fayoum II° ap.JC










"comme la rosée de l'herbe d'aube,
ce qui est nous, de nous s'exhale,
comme la chaleur d'un plat brûlant ..."
Rainer Maria Rilke 1875-1926

mardi 26 février 2008

le mystère de la voix...

Raphael ( 1480-1532) Portrait de jeune homme














L.de Vinci Portrait de Ginova de Benci 1474






"Ce n'est pas ce que l'on dit qui
compte mais ce qu'on entend.
C'est fou comme la voix seule peut dire d'une personne qu'on aime, de sa tristesse, de sa fatigue, de sa fragilité, de son intensité à vivre, de sa joie.
Sans les gestes, c'est la pudeur qui disparaît, la transparence qui s'installe."
Ph. Delerm Appeler d'une cabine téléphonique in La première gorgée de bière....1997

samedi 23 février 2008

écrire pour ne pas mourir...

Zao Wou- Ki Sans titre 1986

Rainer Maria Rilke a croisé mes lectures , il y a fort longtemps, et ce fut un coup de foudre littéraire . Poète allemand (1875-1926) de la première moitié du XX°siècle, son oeuvre est une longue méditation sur les événements importants de l'existence humaine et en particulier la mort , mais aussi l'amour, la solitude et la création ....

"....car les vers ne sont pas, comme certains croient , des sentiments ( on les a toujours assez tôt), ce sont des expériences.Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d'hommes et de choses; il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quels mouvements font les petites fleurs en s'ouvrant le matin...

Et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs, de beaucoup de nuits d'amour, dont aucune ne ressemblait à l'autre, de cris de femmes hurlant en mal d'enfant et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.

Et il ne suffit même pas d'avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d'attendre qu'ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. Ce n'est que lorsqu'ils deviennent en nous, sang, regard, geste, lorsqu'ils n'ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n'est qu'alors qu'il peut arriver qu'en une heure très rare, du milieu d'eux, se lève le premier mot d'un vers..."

Marguerite Yourcenar dit que " le souvenir de Rilke est maintenant devenu pareil à cette brise, qui rouvre comme une rose de Jéricho le coeur desséché des solitaires. Parce qu'il fut triste, notre amertume est moins grande; nous sommes moins inquiets, parce qu'il vécut sans sécurité ; nous sommes moins abandonné, parce qu'il fut seul."


vendredi 15 février 2008

la vie en rose....:-)





en haut ,C. Brancusi, Muse endormie
marbre 1909-1910

en bas, J.Bazaine, Rose, aquarelle dédicacée
"pour Bichon et Arpad leur ami Bazaine" 1965








Danse, aime,
bleu laquais,
ris d'oser des mots roses
Charles Cros(1842-1888)





YATTA!
(les fans de la série Heroes me comprendront; pour les autres, en japonais "j'ai réussi")
Eurekâ!
I did it!
Veni, vidi, vici! ....



Après avoir été privées de blog et un black-out d'une journée, Catherine et moi (impénitente bavarde, je parle de moi) sommes de retour!
Merci qui?
Merci KD :-)

mercredi 13 février 2008

les femmes, la solitude....


Karen Blixen (en 1935) et extraits d'"Out of Africa" de S. Pollack (1985) ,adaptation du récit autobiographique "la ferme africaine"


"Etrange sentiment que l'adieu
Il s'y glisse toujours une pointe d'envie
Les hommes partent, pour que soit mis à l'épreuve leur courage.
Mais nous, épreuve pour épreuve, c'est notre patience que l'on teste ,
notre aptitude au manque,
notre capacité à endurer la solitude.
Et cela , je le savais depuis toujours,
Nul besoin d'une guerre pour m'en persuader."

vendredi 1 février 2008

le deuxième sexe











Gustav Adolf Hennig Jeune fille lisant 1828

(photos de gauche à droite: - 1° rang-May Chidiac, journaliste libanaise, amputée après un attentat,
Anna Politkovskaia, journaliste russe assassinée
-2°rang- Aung San Suu Kyi, opposante birmane en résidence forcée
Benazir Bhutto, opposante pakistanaise assassinée)

" les livres ne sont pas des objets comme les autres pour les femmes; depuis l'aube du christianisme jusqu'à aujourd'hui, entre nous et eux, circulent (.....)une affinité secrète, une relation étrange et singulière tissée d'interdits, d'appropriations, de réincorporations.
Car un texte , signé ou pas, constitue pour les femmes un puits de secrets, un vertige,une possibilité de voir le monde autrement, voire de le vivre autrement, peut donner l'élan de tout quitter , de s'envoler vers d'autres horizons en ayant conquis, par la lecture, les armes de la liberté."
in Les femmes qui lisent sont dangereuses. L.Adler& S.Bolmann; Flammarion 2006
Si dans nos sociétés, une femme pas trop idiote, qui a forcément lu quelque chose dans sa vie, cultivée même, n'est pas toujours bien perçue, voire suspectée -"simple vernis!" ou " elle compense forcément !( à cause de son physique jugé peu flatteur, ou de sa vie sexuelle supposée insatisfaisante, ou du vide probable de sa vie, faute de compagnon, d'amis, d'enfants...")-
............ailleurs dans le monde, l'une des principales violences faites aux femmes, c'est de les tenir éloignées des écoles; parfois elles sont tolérées, quand elles y accèdent, dans certaines universités mais parquées, loin de leurs congénères masculins; enfin elles peuvent être sacrifiées, payant de leur vie, leur engagement pour leurs idées.
Les femmes font peur,................. qu'elles lisent - lire c'est penser, c'est donc un acte d'indépendance et de liberté, cela peut être considéré comme un acte subversif dans certaines régions du monde-
..........................................................ou pas d'ailleurs - parce qu'elles sont différentes, qu'elles représentent l'Autre, c'est à dire une menace potentielle.-
Alors, ne laissons pas sous silence , toutes ces violences à leur encontre : jeunes filles de certains quartiers, traitées de p........, si elles osent porter une jupe; femmes tabassées, tuées à coups de poing par leurs maris; femmes " emmurées" dans des mètres et des mètres de tissu; jeunes femmes défigurées à l'acide par des prétendants jaloux; petites filles excisées; femmes subissant le viol systématique comme "moyen de guerre et de terreur".....la liste, hélas peut être longue du simple fait d'appartenir au sexe dit faible.
Pourtant, qui a dit que " la femme est l'avenir de l'homme"? et que "derrière chaque grand homme, se tenait une femme"?
Alors, pour le respect de leurs droits et pour toutes celles qui en sont écartées, à vos livres, mesdemoiselles!
.....et vous aussi messieurs!
(car, rendons à S. de Beauvoir ce qui lui appartient "il est très difficile à une femme d'agir en égale de l'homme, tant que cette égalité n'est pas universellement reconnue et concrètement réalisée." in "Le deuxième sexe" 1949.)

mardi 29 janvier 2008

A la page...

Francis Eybl- Jeune fille lisant - 1850

" D'abord il y a les mains repliées sur elles-mêmes portant l'objet comme s'il était sacré. On sent le corps tout entier concentré, les muscles mais aussi l'intérieur, ce qu'il y a derrière la surface de la peau, ce qui se passe à l'intérieur de nous, ce qui ne concerne que nous, ce qui ne peut pas, ne veut pas forcément se dire."

in "les femmes qui lisent sont dangereuses" de L.Adler & S.Bollmann (Flammarion) 2006


J'aime les livres.

Pour le plaisir de lire, ce plaisir rien qu'à soi, pour ce moment de retrait du monde, pour la découverte d'un auteur, d'une histoire, d'un univers, d'une intrigue, pour le questionnement, pour les images, le voyage, le rêve, pour les mots, leur musique, leur poésie...

Et puis, j'aime leur contact et leur odeur: le grain du papier - rêche pour les poches, plus lisse pour les beaux livres, glacé pour les livres d'art, léger, si léger et fragile pour les Pléiade, épais, presque craquant pour les livres anciens- et cette odeur, si particulière quand on ouvre pour la première fois un livre tout neuf, plus forte et dense pour un vieux livre, un de ceux qui a vécu...

J'ai une affection toute particulière pour les livres de poche. Je ne suis pas née avec eux ( apparus dans les années 50) mais il m'accompagnent depuis lontemps. Mes premiers sous dépensés pour eux, mes premières émotions littéraires au lycée, mes lectures, à l'internat, sous les draps à la lampe de poche après l'extinction des feux, le rituel des quelques pages le soir avant de s'endormir...

Je suis une "accro" des poches: ceux que j'achète, juste pour la page de garde ou pour le titre, ceux dont j'attends la sortie avec impatience, ceux qui m'interpellent par leur illustration, ceux dont je me dis qu'il serait temps que je les lise, ceux que l'on me recommande ou qu'on me prête gentiment, ceux qui m'intriguent, ceux dont je me délecte et que je relis...

Bref, les livres me sont indispensables, à l'heure des ordinateurs et des textes en ligne!

Je garde tous mes poches; ils s'entassent, ou bien rangés et par ordre alphabétique, ou dans des piles instables ( faute de place) en ordre aléatoire, mais toujours à portée de vue et de main. Mon seul regret, la poussière. Allergique, la relecture s'accompagne de moult éternuements. Mais tant pis! ....et puis on peut les emmener partout avec soi,, dans une poche, chez le médecin, dans le train, en vacances...je peux même marcher et lire ( un peu) en même temps!

En fait, je ne peux pas m'en passer....Alors, et vous? ;-)

vendredi 25 janvier 2008

En bleu et blanc: le mystère d'une porte fermée...





« Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. » (Baudelaire, Les Fenêtres)


Baudelaire a célébré le charme des fenêtres fermées , si stimulantes pour l’imagination féconde ! Mais les portes fermées ne dégagent-elles pas elles aussi un mystérieux pouvoir enchanteur ? Surtout ces élégantes portes de l’époque victorienne ! A Dublin elles ne cessent d’attirer le regard curieux des passants, aussi riches de promesses et d’énigmes qu’un livre fermé. La tentation est grande de heurter à la porte ou de tourner les pages…

Portes de Dublin, été 2007 photos Catherine Turque
Chen Bolan , Girl reading near a window

dimanche 20 janvier 2008

Femmes à la plume…


....rêveuses ou impérieuses mais toujours gracieuses

Octobre. « Combien ta lettre m’a émue ! Émue surtout par la comparaison de nos destinées. Dans quel monde brillant tu vas vivre ! Dans quelle paisible retraite achèverai-je mon obscure carrière ! »

(BALZAC, Mémoires de deux jeunes mariées 1841 roman épistolaire chapitre V)

(The Letter - George Goodwin Kilburne 1839 - 1924)
( Glenn Close incarne Madame de Merteuil dans Les liaisons dangereuses de Stephen Frears 1989)